la rente d'une nonne

Au fil des actes passés par l'Abbaye du Betton, on observe l'origine noble des religieuses ; elles étaient par ailleurs peu nombreuses (une douzaine) ; mais des demoiselles "de moindre extraction" - les converses - les entouraient, et se chargeaient des divers travaux.
De quoi vivaient ces dames ? Des revenus de l'Abbaye, bien pourvue en terres de rapport, cultivées par les paysans locaux ; mais aussi des rentes que leur constituaient leurs familles.
Voici justement un "traité " passé en 1697 entre une religieuse et son frère.

Traité entre noble Gaspard Reveyron conseiller de SAR et Sénateur au Sénat de Savoie
et Rde Dame Marguerite Reveyron religieuse professe de l’abbaye du Betton sa sœur

Comme ainsi soit que feue Dame Catherine Vulliet Delasaunière ait, par son textament, légué à Rde Dame Marguerite Reveyson sa fille religieuse professe de l’abbaye du Betton une pension viagère de soixante florins et institué son héritier universel noble Gaspard Reveyron Conseiller de SAR et Sénateur au Sénat de Savoie, son fils, auquel la Rde Dame Abesse a demandé le paiement de ladite pension pour ladite Dame Reveyson.
À quoi ledit Seigneur Sénateur  Reveyron a répondu que l’état de l’hoirie de ladite Dame sa mère chargé de plusieurs dettes et embarrassé d’une réduction de compte des tutelles ( ?) en faveur de noble Jacques Reveyron son fils, lui faisait suspendre le dessein d’addir* ou répudier son hoirie ; et a d’ailleurs représenté à ladite Dame Abbesse que la Dame sa sœur avait une suffisante pension qui était de dix ducatons dont il avait même donné le capital en faveur de ladite Abbaye qui en profiterait pour toujours.

Ce qu’ayant été considéré par ladite Dame, elle a fait connaître audit Seigneur Sénateur Reveyron que ces considérations l’engageraient quand il serait héritier pur et simple de sa mère de se contenter de reste six florins de pension viagère en diminution desdits soixante légués, pourvu qu’il voulût s’engager à les payer annuellement à la Dame sa sœur qu’il addit l’hoirie de sa mère et qu’elle ne fût pas obligée de s’adresser à qui que ce soit que lui et qu’en faveur dudit Seigneur Sénateur Reveyson qui s’est bien voulu charger encore de ladite pension en faveur de ladite Dame sa sœur, et à ces fins ont les parties traité comme s’ensuit…

Pour ce est-il que ce jourd’hui vingt-deux août mil six cent nonante-sept par devant moi notaire ducal soussigné, et présents les témoins bas nommé, s’est personnellement établi et constitué ledit noble Gaspard Reveyron Sénateur au Sénat, lequel de gré pour lui et les siens promet par serment de payer de pension viagère à ladite Dame Marguerite Reveyron présente et acceptante de l’autorité de Rde Dame Marguerite Lucas Dallery Abbesse dudit Betton ; à savoir, la somme de trente-six florins** annuellement et ainsi à continuer sa vie naturelle durant ;  le premier paiement commançant  d’aujourd’hui en un an, à peine de tous dépens, dommages, intérêts, et sous l’obligation de tous ses biens qu’il se constitue devoir.

Et moyennant ce, ladite Dame Reveyron, de l’autorité que dessus, s’est départie ainsi qu’elle se départ du legs à elle fait par sadite mère par son testament du premier août mil six cent huitante-sept, lu par les parties ; et c’est en faveur dudit Seigneur Sénateur Reveyron et des siens aux promesses que ladite Rde Dame abbessse et ladite Dame Reveyron font par serment de ne rien demander dudit legs moyennant le paiement annuel de la susdite somme de trente-six florins, au terme susdit, sa vie naturelle durant, faire ni permettre être demandé en jugement ni dehors, à peine de tous dépens, dommages, intérêt et sous l’obligation des biens de ladite Abbaye qu’elle se constitue tenir, ayant ladite Rde Dame Abbesse reconnu que ledit Seigneur Sénateur Reveyron sera dûment libéré par une quittance de ladite Dame Reveyron sa sœur que ladite Dame Abbesse autorise à ces fins, ledit département encore fait moyennant les déclarations que ledit Seigneur Sénateur Reveyron fait (présentement?) d’addir l’hoirie de madame sa mère et ainsi sous et avec toutes autres dues permissions par foi et serment prêtés d’onserver le (présent?) chacun en ce qui les concerne, et de n’y contrevenir directement ni indirectement, à peine de tous dépens, dommages, intérêt, sous l’obligation de leurs biens qu’ils se constituent tenir respectivement et autres clauses requises.

Fait et passé dans ce monastère du Betton en présence de François fils de Philibert Moiroux (du) mandement d’Yenne, serviteur dudit Seigneur Reveyron ; et de Georges fils de feu François Raudet de Villard-Léger, témoins requis, signé sur ma minute Lucas Dallery, Abbesse du Betton, Marguerite Reveyron, Reveyron (… la rature ?) et non les témoins pour être illettrés, de ce enquis, et moi, Claude Savey, notaire d’Hauteville habitant à Chamoux soussigné, recevant requis, qui ai le présent (écrit ?) sur ma minute pour l’office d’insinuation d’Aiguebelle, et ai tabellionnement signé

Cl. Savey

août 2014. Recherche et transcription : A. Dh.


Source
ADS en ligne, Tabellion d'Aiguebelle 1697 - (2C 2068) F° 528 (II- p.171 G / 388)

Remarque :
comme dans tous les textes transcrits ici, la ponctuation est ajoutée : les notaires écrivaient "au kilomètre" ; l'orthographe est généralement actualisée : on peut consulter l'original, dont la source est indiquée ci-dessus.

Note
* addir l'hoirie (plus souvent écrit : adir) : accepter l'héritage
** 36 florins annuels : dans l'acte qui précède celui-ci dans le registre du Tabellion, une petite mule de 4 mois est passée "en commande" pour 70 florins.
Une vache pouvait coûter 90 florins en 1698, à Aiguebelle.