1827 Visite past.

1827. Plus de cent ans séparent cette visite pastorale de la précédente (1717) : l'évêque délégua-t-il quelqu'un pour consacrer enfin l'église après la construction du chœur ?
La Révolution était passée, les prêtres avaient regagné leur église, les Rois de Piémont-Sardaigne avaient repris possession de la Savoie…

L'église convient à l'évêque, mais pas le cimetière autour de l'église, sur lequel il reviendra: bêtes et gens y circulent un peu trop librement.


La Visite pastorale de 1827 à Chamoux

L'an de grâce 1827, et le vingt-sept du mois d'avril, nous, Alexis Billiet, par la miséricorde divine et la grâce du St Siège apostolique, évêque de Maurienne et Prince d'Aiguebelle, nous sommes transporté de Villar-léger où nous étions en cours de visite pastorale à Chamoux où nous sommes arrivé vers les 5 heures du soir, ayant avec nous Rd André Jourdain, chantre de notre Cathédrale, notre vicaire général et official et Rd Ambroise Angley, chanoine honoraire, notre secrétaire et chancelier.

Au sortir de Villar-léger, nous avons rencontré M. le syndic de Chamoux, accompagné de quelques autres [messieurs] à cheval, qui après nous avoir dit les choses les plus obligeantes, se sont mis à notre suite, et nous ont fait escorte jusqu'à l'entrée de la paroisse.

Le Rd recteur nous attendait à la tête de [la paroisse réunie] autour d'une chapelle dressée pour la circonstance.
Ayant mis pied à terre, nous sommes entrés dans cette chapelle pour y rendre grâce à Dieu, y prendre nos habits pontificaux, et nous étant ensuite placé sous le dais porté par les membres du conseil, le Rd recteur nous a adressé un petit discours où nous avons remarqué, outre la beauté des expressions, les sentiments les plus honorables pour le pasteur, et les plus respectueux pour notre personne.

Nous avons suivi ensuite la procession jusqu'à l'Église où, après avoir reçu selon l'usage l'eau bénite et l'encens, nous sommes allé nous prosterner aux pieds de l'autel pour y réciter les prières ordinaire, y donner au peuple notre bénédiction épiscopale, et, après lui avoir fait rappeler les vérités importantes du salut, et [?rature] les motifs de notre visite par Rd André Jourdain notre vicaire général,  nous nous sommes retiré au presbytère pour y passer la nuit.

Le lendemain 28 avril, nous nous sommes rendu à l'Église vers les 7 heures du matin, et nous avons commencé nos fonctions par en faire la visite comme il suit.

 

L'Église de Chamoux est sous le vocable de St-Martin Évêque de Tours.
On y entre en descendant par 3 ou 4 degrés qui ont besoin de réparations.

Cette Église est d'architecture moderne, et construite en forme de croix.
La voûte
en maçonnerie qui règne dans toute la longueur est endommagée en quelques endroits par des gouttières qu'on s'empressera sans doute de réparer.

Les pilastres avec leurs chapiteaux d'ordre corinthien, la grande corniche qu'ils soutiennent, et qui [règne] tout autour de l'Église, font un beau coup d'œil;

le grand autel est composé de deux grandes colonnes et de deux pilastres en stuc coloré supportant une cimaise où l'on voit cette inscription : "Soli Deo honnor et gloria" *

Le tableau représentant le patron est bien conservé ; le tabernacle est presque neuf, et tapissé intérieurement d'une belle soie neuve, avec des petits rideaux intérieurs de la même étoffe qui font le plus bel effet. Nous y avons trouvé une petite pyxide en argent pour le St viatique et un ostensoir dont les rayons verts sont en argent, et le pied de [?] blanchi ; la pierre sacrée est canonique et placée convenablement.
Des deux côtés du maître-autel, on voit placées sur des culs-de-lampe deux statues sculptées qui sont de bien mauvais goût.

Les fonts baptismaux qui se voient derrière la porte de l'église à gauche, sont construits d'une belle pierre de taille recouverte d'une boiserie très bien travaillée et fermant à clé.

Et comme il n'y a pas de sacraire* isolé, nous avons proposé de séparer en deux le grand vase des fonts, d'y placer d'un côté l'eau des baptêmes, et de l'autre, l'écoulement pour tout ce qui doit être mis au sacraire.

Dans les deux bras que forme la croix de l'Église, sont deux autels, l'un dit du St Sacrement, qui n'a point de rétable, ni de pierre sacrée, et à peine les autres ornements nécessaires, à la célébration du St Sacrifice, et l'autre dédié à N.D. du Rosaire, est assez propre, et en bon état, et construit canoniquement .

Le confessionnal qui est à côté de cet autel est en bon état, et construit canoniquement.
La chaire qui est placée convenablement au milieu de l'Église est enrichie de sculptures dorées qui en font un des beaux ornements du lieu St.

Nous avons trouvé dans la sacristie qui est placée du côté gauche du chœur, un seul calice, dont la coupe seule est en argent et une pyxide qui n'a non plus que la coupe en argent, le reste est en cuivre blanchi ! Nous y avons vu aussi une dizaine de chasubles de diverses couleurs, dont deux ou trois ne sont pas sans mérite, 3 ou 4 chapes assez propres, 5 ou 6 aubes d'assez belle toile, 7 à 8 surplis en assez bon état, et un nombre suffisant de nappes d'autel. D'autres linges propres à la célébration des Sts mystères.


Le  cimetière que nous avons parcouru est assez étendu pour la population, mais il n'a pas une clôture canonique, le mur qui le sépare au couchant du jardin du curé a besoin d'être réparé, et nous apprenons que la Commune est en voie d'y pourvoir.
Nous avons été affligé aussi de voir qu'au nord, il donne passage pour aller dans une habitation voisine ; et nous engageons bien particulièrement  M.M. les administrateurs à prendre les mesures les plus propres à [enlever ?] cette profanation en faisant des murs et une porte à chacun, l'un qui partirait depuis l'angle d cocher jusqu'à la maison et l'autre depuis le [1er angle du bois de la croix ?] que forme l'Église, jusqu'au mur du jardin voisin.


La tribune qui est au-dessus de la porte d'entrée est placée bien avant [agencement ?] ; mais l'issue qui y conduit par la porte du clocher est sujette à beaucoup d'inconvénients, et donne lieu à bien des irrévérences. Nous ordonnons à M. le recteur de la tenir exactement fermée.

La confrérie du St Sacrement est établie ou plutôt réorganisée depuis peu dans cette paroisse, et nous avons la consolation d'apprendre que les membres qui la composent remplissent avec exactitude leurs devoirs religieux.

Le Conseil de fabrique est aussi organisé, mais il n'a qu'un revenu fixe de 3# à administrer. Les comptes sont rendus jusqu'au moins de janvier 1827.


Les registres ecclésiastiques sont bien tenus et bien soignés.
Charles-Amédée Bois, prêtre dès le 16 juin 1821 est archiprêtre recteur de Chamoux depuis le 13 octobre 1825 selon les [livres] d'ordre et  nomination qu'il nous a présentés. Il jouit de 400 # de supplément de traitement, que lui paie la commune. La paroisse qu'il administre avec ce zèle sage et prudent que nous lui connaissons, nous a donné aujourd'hui divers genres de consolation, et nous ne pouvons que former les vœux les plus ardents pour que les habitants de Chamoux continuent à se montrer dociles aux leçons éclairées de leur pasteur, et à assurer de plus en plus les fruits de grâces et de salut que Dieu [?] a bien voulu répandre sur cette paroisse par notre ministère.

Après la visite de l'Église, nous avons récité les prières solennelles pour les morts, et célébré ensuite la Ste Messe, à laquelle nous avons donné ensuite la communion à environ 450 personnes. Ayant ensuite interrogé nous-même ceux qu'on nous a présentés pour la confirmation, au nombre de 350, nous les avons trouvés généralement instruits d'une manière très satisfaisante et après en avoir rappelé les dispositions nécessaires pour participer avec fruit aux grâces de l'Esprit de Dieu, nous leur avons administré le Sacrement qu'ils ont reçu avec des marques bien consolantes de piété et de ferveur.

Ainsi fait et signé, les jour et an que dessus en présence de Rd André Jourdain notre vicaire général des Rds Charles-Amédée Bois, Archiprêtre-recteur de ce lieu, des Sieurs Pierre Finas syndic Claude Vénippé Jacques Mamy,  Isidore Mamy, Jean-Marie Grolliet, Jean [?] Thomas Michel Plaisance, Joseph Guillot, conseillers, et Simon Mollot, secrétaire et notaire.

2012, 2013, 2014 - Recherche et transcription : A.Dh.


Note :
Une cimaise où l'on voit cette inscription : "Soli Deo honnor et gloria" : la cimaise a disparu, peut-être parce que la formule ambiguë qu’elle portait avait disparu des usages au cours du XIXe siècle


Lexique :
Sacraire : s. m. Petite pièce voûtée, située près du chœur des églises, où l'on renfermait les vases sacrés. Ces réduits sans issues sur l'extérieur s'ouvrent sur l'église par des portes étroites, bien ferrées. Dans un grand nombre d'églises, la sacristie servait de sacraire.
Dans certaines églises conventuelles, le sacraire, c'est-à-dire le dépôt des vases sacrés, consistait en un édicule en pierre ou en bois placé près de l'autel. (D’après Violet-le-Duc)


Sources :
Les comptes-rendus des Visites pastorales sont conservés et consultables à la Bibliothèque diocésaine de St-Jean de Maurienne (sauf celle de 1571 aux A.D.S. à Chambéry).
Renseignements : http://bibliomaurienne.canalblog.com/