1702 Aumônes

Dans "La Vie quotidienne en Savoie aux XVII et XVIIIe siècles"1 (ed. Fontaine de Siloe), Jean et Renée Nicolas signalent au sujet des "gens de rien" le succès des aumônes de mai, dites "Pain de Mai":
Le mois de mai, mois de "la soudure" entre les récoltes de l'année précédente, et les prochaines était difficile à vivre pour qui n'avait pas de solides provisions. La coutûme était donc de distribuer une aumône de pain pendant 28 jours aux frais de la "manse épiscopale".

"À Chamoux, en mars 1702, 1300 à 1400 pauvres viennent chercher le quartier de pain qu'ils reçoivent en entrant dans l'église où on les contraint à demeurer jusqu'à ce que la distribution soit finie, de crainte qu'ils ne passent deux fois.2 "


Remarque :
On sait aussi par la Visite pastorale de 1689 (voir "Textes à l'appui) que :

Le Rd prieur et les chanoines de l'abbaye de St Rambert (qui) se disent prieurs de Chamoux sont obligés de faire une aumône dans la présente paroisse, au temps de Carême, les jours accoutumés, à raison de demi-livre de pain pour chaque pauvre poids d'Aiguebelle, et composé en blé cavallin** le son [levé ?]

Or… en Décembre 1692 3 :
Une transaction passée entre les scindics, conseillers et communiers de Chamoux, et les religieux de St Rambert comme prieurs du prieuré du dit Chamoux précise :

"l'ausmone qui doit être distribuée aux pauvres du lieu de Chamoux les vendredy du caresme, étant convenu qu'il sera distribué par Messieurs de St Rambert soit par leur fermier à chaque pauvre un mourceau soit Cartier de pain de la pesanteur de demy livre poid d'Ayguebelle composé de bled cavallin, sans mettre au dit pain le son du dit bled"

hum ! Tricheurs?
Il faut dire...
que les 1300 à 1400 pauvres venus chercher leur pain en 1702, dépassent très largement la population de la paroisse (moins de 500 personnes): même en incluant les personnes en difficulté du mandement, on n'arriverait pas à ce chiffre.
Il faut donc croire que "l'on venait de loin" pour recevoir cette aumône4.
Ce qui laisse imaginer une année bien difficile pour tous, et une difficulté à fournir la demande (mais si le blé était rare et cher en mai pour les pauvres, d'autres avaient fait des réserves et spéculaient sur sa valeur…)4.

11-2014 / 5-2015 - Recherche A. Dh.


Notes:
* cavallin
: orge et avoine mêlées (AS B1622 F°3) 


Sources :
1- "La Vie quotidienne en Savoie aux XVII et XVIIIe siècles" (ed. Fontaine de Siloe, 2005), Jean et Renée Nicolas.
Leur source : ADS B 01716.

2   ADS B 01716
3- AD Savoie - B - 1456 Fc:" 600    (1690-1695) ) Inventaire des répertoires des registres des Edits Bulles - Fol" 86 Vo
4- La Savoie au XVIIIe siècle
p. 486 (La Fontaine de Siloe, rééd. 2003), Jean et Renée Nicolas