Fontes d'art

La fontaine et les vasques du cimetière,

belles pièces qui appartiennent à la grande fonte d'art du XIXe siècle

Les techniques de fonte  se sont développées au XIXe siècle, à la fois au service de l’industrie (avec le développement des machines et des équipements ferroviaires), en architecture, (construction de grandes halles à charpente métallqiue, balustrades.…), et dans le domaine décoratif (très nombreuses fontaines, urnes, objets religieux, etc)
Les progrès des techniques de fonte, l’apparition de structures financières nouvelles de type capitaliste, ont donc permis et accompagné le développement de nouveaux modes de transport, la mise en place de réseaux de distribution d’eau potable, l’installation de nouveaux espaces funéraires…


Au XIXe siècle, malgré les difficultés financières de nos villages, à qui l’endiguement du Gelon et la construction de la route de La Rochette au Pont Royal ont imposé d’énormes dépenses, Chamoux a modernisé ses chemins, construit des fontaines, une mairie, des écoles, géré un service Incendies…
Messieurs causant près de la Fontaine de l'Ancienne Mairie - Photo M.Neyroud
Chose frappante : à l’époque, le côté esthétique n’était oublié ; on ornementait dans le goût Louis XVI, ou Empire, ou gothique… mais on ornait.
Alors, à Chamoux, la fontaine principale devant la Mairie se faisait séduisante autant que fonctionnelle, le nouveau cimetière (1884) ornait ses piliers…

Conciliabule près de la fontaine:
la sortie du Conseil municipal ? •>
Photo Marius Neyroud

Sommaire

La fontaine de l'Ancienne Mairie
Les coupes du cimetière


La fontaine, autrefois : place de l’Ancienne Mairie

La Fontaine "de l'Ancienne Mairie" (ou "Maison Mollot") - carte postale ABEMUne fontaine éparpillée

À l'entrée de la place, la Fontaine Durenne
Carte postale ABEM •>




Aujourd’hui, la vieille Mairie (ancienne maison Mollot) a brûlé.
Et le bassin de la fontaine et l'urne se trouvent repoussés au fond de la place de l’Ancienne Mairie devenue parking ,derrière un superbe platane, dans un angle quasi invisible . Il a conservé l’urne de la fontaine, parmi les fleurs.
Le socle quant à lui, est noyé dans un très joli massif fleuri, près de l’Ancienne gendarmerie.
Les deux pièces de fonte ont souffert ; la  peinture disparaît, et la rouille les ronge.

2016 : la tempête

La tempête de mars 2016 a provoqué l’écroulement du toit d’un bâtiment voisin : quoiqu’on en ait dit alors, l’urne a perdu une « oreille ». Fut-elle récupérée ?

Tempête de mars 2016 - Photo A.Dh.Tempête de mars 2016 - Photo A.Dh.
 

 

 

 

 

 


La tempête fin mars 2016

Le socle de la fontaine dans une jardinière près de l'Ancienne Gendarmerie - Photo A.Dh.

 

 

 

 

 

Photo 2016 •>

 


Recherche 2020
Retour sur le terrain !

Observation :
l'urne sur la place. Confirmation : «l’oreille» côté ouest a disparu. Une patte basculée ne tient plus que par un rivet. Une des volutes est cassée.
L'urne dans un coin de la Place de l'Ancienne Mairie - Photo JF.Dh.L'urne dans un coin de la Place de l'Ancienne Mairie - Photo JF.Dh.L'urne dans un coin de la Place de l'Ancienne Mairie - Photo JF.Dh.L'urne dans un coin de la Place de l'Ancienne Mairie - Photo JF.Dh.

L'urne dans un coin de la Place de l'Ancienne Mairie - Photo JF.Dh.L'urne dans un coin de la Place de l'Ancienne Mairie - Photo JF.Dh.
Côté est               …                et côté ouest


octobre 2020 ; la rouille a hélas progressé…
Le socle dans une jardinière près de l'Ancienne Gendarmerie - Photo A.Dh.Le socle dans une jardinière près de l'Ancienne Gendarmerie - Photo A.Dh.Socle SIGNÉ dans une jardinière près de l'Ancienne Gendarmerie - Photo A.Dh.

La signature Durenne sur le socle - Photo A.Dh.


signé DURENNE
•>

 

 



La Fonderie Durenne

Couverture du Catalogue Durenne,Catalogue Durenne, Fondeur d'art au XIXe s.
maître de forges,  Paris / Sommevoire •>
Source : bibliotheques-specialisées.paris.fr

On remarquera quelques différences d’un modèle à l’autre : en effet, Durenne pratiquait le « kit » : on pouvait choisir sa « coupe » ou son « urne », et même, la forme des cabochons du socle.
Cette couverture de catalogue présente un socle orné d’une rose ; mais il propose en pièces détachées d’autres cabochons, dont celui de Chamoux.

Une fontaine à Cormary :même socle, sommé d'une coupe. DR




<• La fontaine de Cromary (Haute-Saône)
     elle aussi attestée « Durenne » :
     Même socle, haut différent.

Extrait du catalogue Durenne, une suggestion d'assemblage d'un socle et d'une urne…

 

 

Antoine Durenne, maître de forges

Modèle Q d'un catalogue Durenne, maître de forges,  Paris / Sommevoire •>

Antoine Durenne est né le 7 juillet 1822 à Paris, et mort le 12 juillet 1895 à Presles, Val-d'Oise. C'est un fondeur d'art, français, de renommée internationale et éditeur d'art.

Biographie
Aubin Antoine Durenne est né à Paris le 7 juillet 1822 où son père Antoine était chaudronnier. Son grand-père Jean Baptiste Durenne, était marchand de charbon et ferraille, au 47, rue du Faubourg-Saint-Antoine, à Paris.
Antoine Durenne sort de l'École des arts et métiers d'Angers en 1841, et de l'École des beaux-arts en 1842. Il est membre fondateur de l'École nationale des arts décoratifs. En 1857, il rachète la fonderie de Sommevoire, en Haute-Marne.

Grâce à sa collaboration étroite avec des artistes tels qu'Albert-Ernest Carrier-Belleuse, Emmanuel Frémiet, Pierre Louis Rouillard, Paul-Édouard Delabrièrre, Auguste-Nicolas Cain, Mathurin Moreau, Auguste Bartholdi, Eugène Hiolle, ou encore Hector Guimard au Castel Béranger, et avec une qualité technique indiscutable, il va rapidement tenir une place prépondérante dans la fonte d'art française [à une époque où] la fonte de fer et d'ornement acquiert son titre de noblesse.

[On citera de même les noms des fondeurs Ducel (cf fonts baptismaux de Bourgneuf), la Fonderie d'art du Val d'Osne (qui a repris Ducel), puis sera elle-même reprise par Durenne, Barbedienne…]
La firme collectionne les récompenses lors des Expositions universelles de Paris en 1867 et en 1900, à celle de Vienne en 1873. Les bronzes ou fontes Durenne, ornent des villes en Espagne, aux États-Unis, au Canada, au Venezuela, en Colombie, en Russie, en Guinée...
Il est aussi entrepreneur à Bar-le-Duc, Meuse, en 1876. Il apporte le brevet de raccordement de canalisations Lavril, et s'associe au maître de forges, Ernest Bradfer, sous le nom de Bradfer et fils et Cie. A.A. Durenne
Suivant le catalogue de l'exposition universelle de Paris, de 1889, le siège social de sa société : la Société anonyme des établissements métallurgiques A. Durenne se situe, 26 rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris (anciennement au 30 rue de la Verrerie)

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur, à la suite de l'exposition universelle de Londres de 1862, puis, à la suite de l'exposition universelle de Vienne de 1873, il est promu au grade d'officier de la Légion d'honneur, le 7 juillet 1874.
Il meurt le 12 juillet 1895 à Presles (Val-d'Oise). L’usine de Sommevoire est devenue la S.A A. Durenne en 1895 à son décès.

La fonderie, de nos jours
Après des acquisitions, telle la fonderie d'art du Val d'Osne en 1931, et des créations d’entreprises, l’usine prend en 1971 le nom de "Sté Générale Hydraulique et Mécanique" (G.H.M.). Elle. a conservé une production de mobilier urbain et de fonte d’ornement.

À consulter :
Les usines Durenne - Sommevoire sur le site                              patrimoineindustriel-apic.com
Notice nécrologique d'Antoine Durenne sur le site                      clio.ish-lyon.cnrs.fr
Les Fontes d'Art de Sommevoire, L'Art dans la Ville sur le site     fontesdart-sommevoire.org
Durenne - GHM sur le site                                                          fontesdart.org
Quelques sites de ventes aux enchères :                                      https://www.proantic.com

Haut


Les « coupes » du cimetière

Nous espérons pouvoir documenter un jour l'achat des vasques qui ornent les piliers du 1er cimetière (cette partie du cimetière a été inaugurée en 1884)
Mais leur origine ne laisse aucun doute :elles viennent des Fonderies Ferry-Capitain.

 

Les coupes à la porte du cimetière de 1884 - Photo A.Dh.
Belles silhouettes.
Hum… la coupe côté sud a perdu l’une de ses pointes ; et la rouille est là…

Les coupes à la porte du cimetière de 1884 - Photo A.Dh.Les coupes à la porte du cimetière de 1884 - Photo A.Dh.
 

Couverture du catalogue Capitain-Geny - DRCatalogue Capitain-Geny : coupe A p. 963  - DR
Catalogue Capitain-Gény, maître de forges, Bussy
Source : bibliotheques-specialisées.paris.fr
Vecqueville : de Capitain à Ferry-Capitain

Ferry Capitain à Bussy-Vecqueville…

1831 : Auguste Capitain s’associe avec son beau-frère Brocard pour construire un bocard à dix pilons et un patouillet au lieu-dit Bussy, sur la rive droite de la Marne. Le minerai de fer était essentiellement extrait sur la colline de Thonnance-lè-Joinville et descendait par un glissoir. L’atelier utilisait l’énergie hydraulique de la rivière pour concasser et laver le minerai qui était vendu aux forges environnantes.
1836 et 1837 : construction de 2 hauts-fourneaux de première fusion, puis, l’année suivante, de deux fours de seconde fusion.
1849 : mort d’Élophe Capitain; Bussy passe aux mains de la société Salin et cie, dirigée par le beau-frère d’Edmond Capitain.
1855 : l’usine livre 2 000 tonnes de pièces moulées et 600 tonnes de fonte d’affinage pour la fabrication du fer.
1861 -1865 : la société se développe
1866 : Mariage d’Edmond Capitain et Charlotte Gény, nièce de maîtres de forges.
Construction d’un grand haut-fourneau circulaire. L’usine occupe 350 ouvriers, et poursuit son développement.
1875 : Les Salin se retirent et une nouvelle société est créée : E. Capitain-Gény et Cie.
1878 : Grand prix obtenu à l’Exposition universelle. 500 ouvriers travaillent à l’usine, dont 50 enfants. Il y a 5 cités et 3 maisons ouvrières. Une politique sociale mutualisée avec le personnel est mise en place.
1879 : Charlotte Capitain-Gény hérite des usines de Tampillon à Rachecourt-Suzémont et Montreuil-sur-Blaise.
1889 : L’usine obtient une médaille à l’Exposition universelle de Paris. Elle y présente des pièces monumentales et des fontes d’art.
1889 et 1892 : Edmond Capitain associe ses gendres Émile Ferry et Charles Lallemand. Une machine à vapeur de 100 chevaux est installée. Émile Ferry, fils du fondateur de Micheville, important groupe sidérurgique lorrain basé à Villerupt, sera co-gérant en 1895.

1896-1912 : politique de rachat de la fonderies, diversification de la production.
1914 : Edmond Capitain et Émile Ferry font partie du puissant Comité des Forges. L’usine est alimentée en énergie électrique. La Première Guerre mondiale décime le personnel. À la demande du gouvernement, l’usine produit, pendant toute la guerre, 60 000 tonnes de fonte et d’acier livrés à l’armée. Les femmes tournent 15 tonnes d’obus par jour et fabriquent des grenades.
1918 : L’usine est bombardée par l’aviation allemande.
1919 : Mort d’Edmond Capitain. Émile Ferry lui succède. L’usine devient Ferry-Capitain : parcours industriel, investissements, nouveaux marchés d’Émile Ferry : fours électriques…

Aujourd’hui, la CIF (Compagnie industrielle et financière de Bussy) exporte directement 55 % de sa production dans le monde entier et emploie 1140 personnes. Ses sociétés travaillent pour les secteurs stratégiques : extraction minière, cimenterie, énergies hydraulique et pétrolière, sidérurgie, industries chimique et aéronautique, papeterie, agroalimentaire.
Certaines de ses réalisations s’intègrent dans des chantiers emblématiques : voussoirs du tunnel sous la Manche, parapets du viaduc de Millau.

Haut


Oct 2020 - Recherche et transcription A.Dh.


Sources:
Pour la recherche des pièces dans les catalogues, un site très précieux : bibliotheques-specialisées.paris.fr
Pour la connaissance des Maîtres de Forges et de la Fonte d'Art au XIXe siècle, pour en savoir plus sur les pièces qui ont subsisté jusqu'à nos jours, les sites complémentaires : https://www.fontesdart.org et https://e-monumen.net