1576 Serment au Duc

1576. Le serment de fidélité au Duc de Savoie
des religieux de la Collégiale Ste-Anne de Chamoux

1576 : la Savoie l'a échappé belle ! Lorsque le Duc Charles III meurt, en 1553, son État a quasiment disparu, sous les coups des Français, des Bernois, et des Genevois : il ne conserve plus  que Nice et Verceil.
Pourtant, les ducs de Savoie récupèrent leur territoire par les traités de Cateau-Combrésis (1559), Lausanne (1564) et Evian (1569) : la disparition de cet État "tampon", si brillant peu auparavant, mettait en danger les États voisins.
1553-1580. Le fils de Charles III, Emmanuel-Philibert (né en 1528) relève la Savoie, mais se tourne vers le Piémont. Il réorganise l'État, et s'assure de la fidélité des Institutions. Les religieux ne sont pas oubliés.

Voici donc le serment prêté au Duc par le Doyen et les Chanoines de la Collégiale Sainte-Anne (fondée 61 ans plus tôt) : on s'étonne de l'engagement militaire demandé à ces religieux déjà démunis, mais aussi, de l'absence de toute référence à leur "patron" : le seigneur du château de Chamoux - à cette époque-là Jean II de Seyssel, marquis de la Chambre.
Charles-Emmanuel, le fils du Duc Emmanuel-Philibert, cité dans le texte, avait alors 9 ans
.
Il faut noter la "qualité" des témoins, tous notables, à Turin, ou au Sénat de Savoie à Chambéry.

Serment des chanoines de Ste-Anne de Chamoux - ADS

« À tous soit notoire que l’an mil cinq cent septante six et le second jour du mois de novembre à Chambéry s’est présenté par devant très haut, très puissant, et sérénissime prince Monseigneur Charles-Emmanuel de Savoie prince de Piedmont, fils de très haut, très puissant, et sérénissime prince Monseigneur Emanuel Philibert par la grâce de Dieu duc de Savoie Chablais Aoste et Genevois, notre souverain seigneur :
Révérend Mre Jehan Borraud prêtre doyen de l’église collégiale de Sainte Anne de Chamoux tant à son nom que comme procureur des Chanoines de  ladite église ainsi qu’il a fait apparaître par procuration remise,
lequel à genoux tête nue et mains jointes, lui a fait, prêté, hommage et fidélité tant pour leur personne que biens, nobles et féodaux,
et ce faisant, a promis et juré sur les saints évangiles de Dieu et sacré canon par lui manuellement touché, que :
- ils seront perpétuellement bons loyaux et obéissants sujets liges nobles et vassaux fidèles à Monseigneur le duc notre souverain, et successivement ci-après de lui à monseigneur le prince son fils ci-présent et à son légitime successeur, en tout que concerne les choses temporelles,
- procureront de tout leur pouvoir honneur, bien et profit d’iceux,
- leur serviront envers tous et contre tous sans nul excepte, en cas de temporalité,
- et jamais ne se trouveront en lieu où leur puissent nuire, ni bailler conseil faux ou aide que leur porte dommage,
- semblablement leur aideront pour le retournement de leur pays et État ;
- feront tenir prêts, montés et armés gens suffisants et capables pour les secourir contre leurs ennemis ;
- et de tous les biens nobles et féodaux qu’ils possèdent et possèderont à l’avenir revenus, droits, et appartenances d’icelles leur rendront qu?ts et dénombrement par le menu et passeront reconnaissance entre les mains des commissaires quand seront députés.
- toutefois et quand est qu’à ce seront requis et interpellés, prêteront aide et secours aux seigneur de leur justice,
- et généralement feront tout ce à quoi sont tenus et astreints bons, loyaux et fidèles sujets envers leur vrai et naturel seigneur et prince temporel selon qu’il est écrit et compris aux chapitres et constituants de l’ancienne et nouvelle forme de fidélité,
- et icelle fidélité et hommage prêteront derechef à son altesse et successeur d’icelle quand seront pour ce requis, le tout pour raison du temporel.

Et en signe de vrai hommage, perpétuelle et inviolable fidélité, leur Révérend Mre Jehan Borraud présent, au nom qui dessus, a baisé les genoux de Monseigneur le prince et d’icelui a reçu l’accole*.

De quoi je, Claude Pobel, seigneur du Mollard et de Pierre, Conseiller d’État et premier secrétaire de son altesse, ai oui Révérend Mre Jehan Borraud au nom que dessus.
Ce requérant, octroyé et expédié en présence pour témoignage de ce fait en présence de Mre Ascanoz Bobaz Capitaine de la garde de Monseigneur le prince, Loys Milliet baron de Faverges, Conseiller d’État de son altesse et premier président de Savoie, et René Lyobard seigneur du Chastellard, aussi conseiller d’État de son altesse et président en son sénat de Savoie,
et plusieurs autres témoins ici assemblés.»
(signature : Pobel) .

remarque : le texte original (en Français du XVIe siècle), est rédigé "au kilomètre"
Les transcriptions jugées problématiques sont notées en italique. Mais toutes observations, contributions et critiques (constructives!) seraient bienvenues.

Recherche et transcription 01-2014, A. Dh,
relecture critique Élisa C, Monique D et Michel Dhénin


Note
* l'accole : on dit aujourd'hui : l'accolade. C'est le geste rituel qui lie le seigneur et son féal.
Les signataires, bien documentés dans les Archives !
- Claude Pobel Baron de la Pierre, Chambellan, Ministre plénipotentiaire en Suisse en 1603
- Monsieur Dom Ascagne Bobaz, Marquis de Bianzez et de Gralia, Grand Escuyer de sadite Altesse Royale
- Messire Louis Millet Baron de Faverges, Seigneur de Chales, Conseiller d'Estat, et premier Président de Savoye, le 23 février 1572. Ambassadeur en l'Assemblée des treize Cantons en Suisse, puis en France auprès du Roy Charles IX. Il fut Grand Chancelier de Savoye, et inhumé en sa Chapelle de Sainte Marie.
- Messire René de Lyobard, Seigneur du Chastellard, de la Botte, et de la Pallu, Conseiller d'Estat et premier President de Savoye, le 9 janvier 1581.


Sources
cote 3G 201- Archives départementales de Savoie (que nous remercions vivement d'avoir numérisé ce document à notre demande)
Voir le document en ligne